Si je vous dis garçon battu et père professeur, vous me répondez ? L'enfant de Jules Vallès ? Eh bien non, c'est fait divers de Mysouris et ici, c'est le père qui frappe.
L'auteur nous propose la douloureuse histoire de Thomas, petit mec chargé de protéger sa sœur d'un père violent et alcoolique (ce qui va souvent de pair). Mysouris choisit la froide réalité d'un fait divers et évite tout pathos mais pas tout travers.

Les quatre premières pages possèdent un style trop télégraphique. C'est moderne mais il ne faut pas en abuser. Soit on se cantonne au style journalistique et on évite les effets de style, soit on alterne davantage phrases longues, avec quelques envolées lyriques, et phrases courtes dont le côté froid et implacable s'en trouve renforcé (écrire en écoutant Nirvana ou Muse peut aider.)
Là, l'absence d'émotions empêche l'empathie envers les personnages et elle banalise la violence au lieu de la mettre en exergue.

A partir du passage avec la cachette de Thomas, cela devient plus fluide mais le style manque encore de force, c'est parfois un peu plat et relâché. Quelques belles idées cependant.
Malheureusement, prendre un sujet choc ne suffit pas à écrire une bonne nouvelle. Le traitement est ici trop rédactionnel et superficiel pour faire naitre un sentiment. J'aurai aimé aussi un crescendo et non un staccato (mon fils apprend le piano… oui, je sais, on s'en fout.)

Alors parlons de la fin qui elle est crescendo: l'auteur va nous balancer en 2 pages de quoi, pense-t-il nous en mettre plein la vue. Oui ma non troppo. Aller en profondeur sur un sentiment, un drame ou préférer lancer au lecteur le maximum de sensations et malheurs ? Eh bien, ça dépend du lectorat visé mais je ne suis pas sûr que l'effet provoqué par Mysouris soit celui attendu.

Attention spoil :

Le coup de l'accident, bien, à part le platane, j'aurais mis un véhicule ou une vache sur la route (oui parce que quand je lis « il regarde sa femme et ne voit pas le platane » je me dis « ah ouais, mais s'il a poussé au milieu de la route, c'est pas de bol non plus). Ah et lui s'en sort juste avec des égratignures ? Y a de la chance que pour la vermine.
Après, le père qui se dit « tiens et si je jouais au boucher avec ma fille ? » Pas trop crédible et on sent que ça sert la chute : le fils accusé des meurtres du père et de la fille. Le gars qu'à vraiment la poisse quand même. Surtout que vu l'antécédent du père, les témoignages du fils et de Pierre Tombal devraient faire réfléchir la police (quoi, qui a dit que ce serait pour le coup vraiment invraisemblable ?)

Bref, il faut travailler la langue et l'émotion pour arriver à sortir la substantifique moelle d'un tel sujet. Polir son ouvrage pour le rendre brut…

Quelques remarques :
Il ne faut pas abuser des adverbes et participes présents.
La concision est aussi une qualité (de mon point de vue ^_^)


Exemple :
P 1 : a frappé violemment son père d'un coup de couteau le tuant sur le coup
Peut être remplacé par : a frappé mortellement son père d'un coup de couteau.
P 1 : répétition de frappé. Le deuxième enfant.

P 2 : coller une paire de coup de pied. Bof, surtout que l'on a répétition de coller par la suite.

Les tirets de dialogues ne sont pas – mais —

P 4 : et il reprenait un peu du sourire qu'il avait tant dans son couffin
et il retrouvait un peu ce sourire d'un temps où il dormait dans un couffin

P 6 : Il aurait aimé hurler, mais il savait à l'instant de sortir un son que son père se lèverait pour lui en coller une.
Il aurait aimé hurler, mais il savait que le moindre son émis serait immédiatement étouffé par une frappe de son père.

P 7 : Ils finissaient par se demander ce que cela cachait vraiment, les parents d'élèves.
Ouh, la mauvaise tournure (soit ils ou les parents d'élèves mais pas les deux.)

P 8 : Ce jour là, Thomas le savait était le jour de la disparition de sa mère.
Ouch, pareil : répétition de jour
Thomas se demanda si son père pleurerait aussi pour l'anniversaire de sa mort. Pensée pas si étrange pour un enfant qui la redoute chaque jour. Oh, juste parce que sa sœur n'aurait plus eu d'armure, lui, il serait délivré. Enfin.

Pourquoi donc elle n'avait pas emmené les enfants avec elle ?
Trop relâché encore : pourquoi donc n'avait-elle pas emmené ses enfants. Ou ne les avait-elle pas emmené.

avant le lever du père qui les empêcherait de partir.
Qui les aurait empêchés.

Plaisir de lecture : léger frétillement

Oeuvre critiquée : Fait Divers
Auteur : Mysouris
Critique : merci némascope