Pascal Rogard c’est donc fendu d’un billet sur son blog intitulé « les nouveaux marchands du temple » et qui commence par ces mots « le livre de propagande la bataille Hadopi est disponible ». Propagande, le mot est lâché. Pour mémoire je rappelle la définition du mot :

La propagande désigne un ensemble d'actions psychologiques effectuées par une institution ou une organisation déterminant la perception publique des événements, des personnes ou des enjeux, de façon à endoctriner ou embrigader une population et la faire agir et penser d'une certaine manière (source)

Pascal Rogard accuse donc les nombreux auteurs du livre de s’être organisés afin d’embrigader ou d’endoctriner la population pour que celle-ci agisse d’une certaine manière. Evidemment non. Nous nous sommes simplement organisés et nous avons travaillé pour expliquer que la loi Hadopi serait au mieux inutile et inefficace. Une simple recherche sur les sites d’informations divers et variés le montre. A version suédoise de Hadopi n’a rien changé, au contraire le téléchargement illégal continu, mieux la vente de CD également. Bigre !

Hadopi coute de l’agent au contribuable pour un retour nulle aux artistes, en ces temps de crise c’est tout le paradoxe.

Le terme propagande est une injure à la mémoire de ceux qui ont lutté contre ce qu’est vraiment de la propagande. Lorsqu’on utilise les mots, lorsqu’on est à la tête de la plus ancienne maison en charge de la défense des auteurs et leurs droits, lorsqu’on hérite de Beaumarchais une telle institution on se doit, en plus de son éducation scolaire, de peser les mots, fussent-ils utilisés sur la toile.

Vous parlez des marchands du temple dans le titre de votre billet, mais avez-vous seulement oublié de quoi il s’agit ? Un peu d’histoire ou de théologie, c’est selon.

Les marchands du temple est une expression issue de la Bible en référence à l'avidité des marchands qui commerçaient dans le temple de Jérusalem, marchands que Jésus chassa courroucé de voir des hommes faire profit dans le saint des saints. Depuis les marchands du temple sont des personnes qui pervertissent, commercialisent tout, dans le seul but d'en tirer un profit financier ou personnel (prestige). En savoir plus.

Lorsque vous dites, je cite « en ignorant que le métier de marchand du temple a encore un bel avenir. » vous insinuez que InLibroVeritas, au travers de ce livre, serait un nouveau marchand dans le temple qu’il faudrait chasser comme Jésus le fit autrefois.

Comme souvent dans la Bible il faut y voir plusieurs niveaux de lecture. Ce n’est pas seulement le temple de Salomon, bâtit par Hiram Batif, gloire à Dieu créateur de toute chose. Le temps est aussi la métaphore de tout ce que l’on bâtit, en groupe ou seul, dans une démarche d’élévation de soi, de recueillement ou d’ataraxie, mais également de partage et d’échange avec l’autre. 

Le temple, comme l’église, est la maison de tous, où règne la paix, en dehors du monde profane, qui permet de retrouver, ressentir, la mémoire de ceux qui, jadis, élevèrent cette demeure ainsi que de ceux qui y trouvèrent le lieu de la réflexion et de la création de quelque chose qui jaillit de soi. 

Tout est symbole.

Le temple, ici, est le symbole de la création humaine depuis que l’homme est homme, depuis qu’il se dressa un jour vers le ciel, le regard tourné vers les étoiles. Nous sommes tous des artistes, des bâtisseurs de cathédrales, des compagnons de route, des créateurs depuis que nous avons posé pour la première fois nos mains dans la terre meuble et boueuse pour l’appliquer sur la voute de cette grotte qui nous abritait. De cette terre, matière inerte qui nous supporte, notre main laisse son empreinte, sa première création. Et dés lors, en se premier moment de création, en ce geste unique de transformation de la matière chaotique en une fixation unique et créatrice, notre cerveau, notre compréhension, notre fibre vibrante de l’art, n’a cessé de vouloir créer et créer encore.

Du plafond de la grotte de Lascaux à l’envol des signaux d’art dans le ciel d’étoiles, sur le doigt de dieu de la Chapelle Sixtine, issu du centre du monde, nous édifions chaque jour un peu plus ce temple du savoir et de la connaissance, de l’art et de la culture, la mémoire de l’humanité. Cette mémoire qui nous unis et nous relis, ces créations humaines qui survivent à la mort de leurs créateurs, comme survivent les temples et les cathédrales à leurs bâtisseur, dans les quels nous pouvons entrer et nous inspirer pour construire le futur.

En permettant l’accès, l’échange et le partage universelle, démocratique et fraternelle du savoir et la culture, InLibroVeritas contribue (bien modestement) grâce à ses auteurs à l’édification de ce temple. Et notre sphère marchande, nous la faisons, justement, à dessein, en dehors du temple. Car la création que nous promouvons est libre, libre pour tous.

Ce n’est pas nous qui sommes les marchands du temple, mais bien vous qui faites vos échanges commerciaux dans le temple en y interdisant l’accès avec Hadopi. Ce n’est pas nous qu’il est temps de chasser de ce temple, mais vous.

Peut-être aurez vous la main sur quelques œuvres humaines, pendant quelques années, mais ce n’est rien au regard de la force de cette trace de la paume de main qui fût laissée dans le fond de cette grotte, commençant le chemin d’un destin que personne n’arrêtera.

Tout n’est que symbole.

Restez libres, et ne renoncez jamais...