Comme le rapporte Shlashdot et Numérama, alertés par David Poque, Amazon –vraisemblablement sous a pression de l’éditeur- a détruit à distance les fichiers parfaitement et légalement achetés par des consommateurs pour emplir leur Kindle (lecteur d’ebook commercialisé par Amazon) d’œuvres à lire en toute tranquillité. Le prétexte est assez obscur, disons que l’éditeur ne voulait plus voir les œuvres être achetées au format électronique, c’est son choix, discutable, mais passe encore. Mais qu’il veuille en plus que sa sentence soit rétroactive, en détruisant le présent, le futur et le passé est plus que discutable. C’est un crime.

Il existe un terme, qui vient du portugais et qui veut dire acte de foi : autodafé. Historiquement c’est brûler les livres païens, immoraux et blasphématoires. Repris ensuite par les nazis qui dès 1933 brûlèrent les livres au service de la propagande. On le sait, ou plus largement, on le sent, brûler, détruire un livre a une connotation qui n’est plus du tout un acte de foi, mais un crime contre l’humanité. C’est le symbole ultime de la volonté de détruire une pensée, une création, qui ne va pas dans le sens de celui qui détruit ce livre.

En tant qu’éditeur il m’est impossible de détruire un livre, mais encore au-delà de détruire une œuvre quelle qu’elle soit. Je préfère donner les livres en stock, invendus, ou mal imprimés que de les détruire. Dans le jargon de l’édition on appelle ça pilonner, un doux euphémisme. Qui peut oser s’appeler éditeur lorsqu’il ose détruire le fichier d’un livre légalement acheté ? Imaginons une seule seconde que InLibroVeritas, Hachette ou Fayard sonne à votre porte, vous demande le livre papier que vous nous avez acheté en toute égalité pour qu’on le détruise !? Comment réagiriez-vous ? En refusant bien sûr, et la loi serait de votre coté du reste.

C’est exactement la même chose ici, grâce à l’ignominie des DRM (Digital Right Management = Mesure technique/numérique de gestion de droit) il est tout à fait possible de faire à distance ce qu’on veut d’un fichier, fusse t il légalement obtenu, à l’insu de son récipiendaire. Ce que nous dénonçons depuis la DADVSI en France, ou le DMCA américain, en expliquant que les DRM sont les ennemis des auteurs et de la création, qu’ils ne protègent pas les créateurs et le droit d’auteur mais simplement les éditeurs et les producteurs.

Amazon le prouve aujourd’hui. L’iceberg vient de nous heurter, et nous n’en voyons que la partie immergée. De plus en plus de contenus artistiques, culturels, de connaissances, scientifiques sont ainsi vendus par millions chaque jour dans le monde. Des milliards de pages de livres électroniques sont ainsi lues tous les jours. L’e-book, le livre de demain pour beaucoup, et en partie cela est et sera de plus en plus vrai. Mais alors, que devons nous en conclure ? Que de plus en plus de livre sont vendus et resteront « sous contrôle » d’un simple clic.

Je n’ose imaginer ce qu’Hitler et sa horde de nazis auraient fait d’un tel pouvoir sur ces livres. Ce n’est pas si vieux, il y a 70 ans, une vie d’homme, on brulait des livres sur l’autel de la race supérieure. Que feraient aujourd’hui les créationnistes s’ils pouvaient « éteindre » tous les livres traitant scientifiquement de l’évolution ?

Fort heureusement, tous les éditeurs ne sont pas dupes, InLibroVeritas par exemple a d’ors et déjà « sauvé » un livre traitant de l’évolution, sans que personne ne puisse plus jamais le détruire, physiquement ou électroniquement. Et nous continuerons toujours à utiliser le copyleft et les formats de fichiers ouverts pour garantir une diffusion sans "marche arrière" possible. La sauvegarde et la garantie d'accès du patrimoine mondiale de la connaissance et des arts doit être une priorité de tous les éditeurs et producteurs de contenus, en citant source et auteur(s).

L’art libre, tel que nous le promouvons et le défendons avec InLibroVeritas, basé sur le Copyleft, est la certitude que l’art, le savoir et la connaissance ne seront jamais asservis par un éditeur, un producteur, un groupement d’hommes, mais offerts et confiés à l’ensemble même de l’humanité pour l’éternité.

Crédit photo livre : Flikr sous cc